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Le gouvernement de cet Empire, entièrement opposé à celui du tien, ne peut manquer d’être défectueux. Au lieu que le Capa-inca est obligé de pourvoir à la subsistance de ses peuples, en Europe les souverains ne tirent la leur que des travaux de leurs sujets ; aussi les crimes et les malheurs viennent tous des besoins mal satisfaits.
Les malheurs des nobles en général naissent des difficultés qu’ils trouvent à concilier leur magnificence apparente avec leur misère réelle.
Le commun des hommes ne soutient son état que par ce qu’on appelle commerce, ou industrie, la mauvaise foi est le moindre des crimes qui en résultent.
Une partie du peuple est obligée pour vivre, de s’en rapporter à l’humanité des autres, elle est si bornée, qu’à peine ces malheureux ont-ils suffisamment pour s’y empêcher de mourir.
Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre que la nature a donnée à tous les hommes. Sans posséder ce qu’on appelle du bien, il est impossible d’avoir de l’or, et par une inconséquence qui blesse les lumières naturelles, et qui impatiente la raison, cette nation insensée attache de la honte à recevoir de tout autre que du souverain, ce qui est nécessaire au soutien de sa vie et de son état : ce souverain répand ses libéralités sur un si petit nombre de ses sujets, en comparaison de la quantité des malheureux, qu’il y aurait autant de folie à prétendre y avoir part, que d’ignominie à se délivrer par la mort de l’impossibilité de vivre sans honte.
La connaissance de ces tristes vérités n’excita d’abord dans mon cœur que de la pitié pour les misérables, et de l’indignation contre les lois. Mais hélas ! que la manière méprisante dont j’entendis parler de ceux qui ne sont pas riches, me fit faire de cruelles réflexions sur moi-même ! je n’ai ni or, ni terres, ni adresse, je fais nécessairement partie des citoyens de cette ville. Ô ciel ! dans quelle classe dois-je me ranger ?
Quoique tout sentiment de honte qui ne vient pas d’une faute commise me soit étranger, quoique je sente combien il est insensé d’en recevoir par des causes indépendantes de mon pouvoir ou de ma volonté, je ne puis me défendre de souffrir de l’idée que les autres ont de moi : cette peine me serait insupportable, si je n’espérais qu’un jour ta générosité me mettra en état de récompenser ceux qui m’humilient malgré moi par des bienfaits dont je me croyais honorée. […]
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